Guy Djandji

Frank Scully est un bénévole de longue date auprès de L’espoir c’est la vie. Il s’y est impliqué graduellement au sein du Club des hommes. Avant la pandémie, ce groupe comprenait 15 à 20 personnes qui se rencontraient de façon informelle au Centre de bien-être. Le sujet de leurs discussions était varié mais toujours centré sur le partage d’information sur leurs situations personnelles, leurs soucis, leurs traitements et leurs anxiétés. Ils pouvaient aussi échanger sur des sujets plus légers tels que la cuisine, le jardinage ou l’écriture créative. Frank était devenu de facto   l’animateur du groupe, organisant et guidant les discussions.

Quand la pandémie s’est étendue à la région de Montréal, le fonctionnement du Club des hommes a dû être revu en profondeur. ZOOM, l’outil technologique de vidéoconférence le plus populaire au monde, a été retenu par le groupe. Aujourd’hui, ZOOM est utilisé comme moyen de rejoindre les membres du Club des hommes, dont le nombre varie de quatre à huit. Les rencontres ont lieu toutes les deux semaines.

Selon Frank, cette nouvelle façon de se réunir, malgré ses avantages, comporte également des limites. «  Vous pouvez voir tous les participants sur l’écran et chacun peut intervenir dans la conversation. Mais cela n’a pas la chaleur humaine de la présence effective d’une personne. Cependant, gardons à l’esprit que c’est mieux que rien ». L’outil lui-même nécessite une formation sommaire afin de se familiariser avec ses fonctionnalités de base. Les réunions débutent avec un petit retard, le temps que tous se branchent au réseau. Ce n’est qu’alors que la discussion peut réellement débuter. Certains membres plus âgés n’ont pas d’Internet et généralement Frank leur téléphone pour les garder informés.

« Mon rôle est de diriger le trafic. Je ne choisis pas le sujet de la discussion : cela est laissé aux participants. Le sujet de l’heure et bien sûr la pandémie et l’isolation. Ceux qui vivent seuls sont les plus affectés, évidemment. Mais nous essayons de ne pas trop nous étendre sur ce sujet ». Frank s’assure de centrer la conversation sur le moment présent, tel que vécu par chaque participant. «  Le sentiment général est mitigé présentement, alternant entre optimisme et pessimisme, comme on peut bien l’imaginer ».

La crise actuelle affecte le ton et le sujet abordé par le Club des hommes. La technologie est ‘froide’ et ne peut remplacer la chaleur du contact face-à-face. Cela crée des obstacles et de nouveaux défis auxquels il faut s’habituer. « Dans le passé, ajoute Frank, quand une rencontre finissait, des sous-groupes se formaient de deux, trois personnes qui continuaient à échanger sur leurs propres expériences. C’était bien souvent le moment le plus important de toute la rencontre. Avec ZOOM, nous n’avons plus cette flexibilité : quand  la vidéoconférence se termine, les participants se quittent ».

« Ce qui nous manque le plus dans ces rencontres avec ZOOM, c’est la chaleur humaine et les bagels gratuits! » nous confie Frank dans un éclat de rire. Ce qui prouve que, bien souvent, un bagel est plus qu’un simple bagel : c’est un outil pour briser la glace et une façon de taquiner son voisin à propos de nourriture gratuite. Car après tout, la nourriture demeure le moyen privilégié pour partager et sceller l’amitié.