Suzanne Asselin

Je suis une SURvivante du cancer! Il y a à peine quelques décennies, cela signifiait souvent la signature, à plus ou moins long terme, de son «arrêt de mort». On prononçait LE mot du bout des lèvres. Y survivre, c’était comme gagner le gros lot. Au fil des ans, la science a fait d’énormes progrès. Aujourd’hui, beaucoup plus de personnes survivent au cancer. Cela amène son lot de remises en question, tant sur les plans physique et mental que spirituel. Voici mon histoire.

En 1993, j’apprends que j’ai le cancer du côlon, à un stade avancé. Une tonne de briques. Pourquoi moi? Pas de réponse, bien sûr. S’ensuivent chirurgie, 42 sessions de chimiothérapie accompagnées d’un traitement parallèle non reconnu par les autorités médicales (le 714-X, dont plus personne ne parle). Je fais tout en mon pouvoir pour me débarrasser de ce «parasite». A l’hôpital, je découvre un centre de soutien (qui deviendra plus tard L’Espoir, c’est la vie), tout près de ma salle de traitement. On me conseille pour l’achat d’une perruque, qui me redonne le sourire. L’atelier Belle et bien dans sa peau m’offre une séance de maquillage et de soins de la peau. Il y a des livres à emprunter, des CD, des brochures et surtout, des informations pertinentes et un accueil chaleureux. Quel remontant!

Faute de trouver LA source du mal, je consulte un psychologue spécialisé, assiste à des conférences, me lance dans la méditation et tutti quanti. J’ai survécu grâce ma chirurgienne, aux traitements envahissants, au soutien indéfectible de mon mari et de ma famille et amis. Mais aussi grâce à mes actions (bien qu’à l’époque, je ne savais pas que l’exercice était si bénéfique) et à des bénévoles amicaux qui m’ont accueillie, nourrie (les sandwiches du midi) et écoutée sur place et au téléphone. Tout cela a contribué à consolider ma survivance et à lui donner un sens.

Puis tranquillement, ma nouvelle vie reprend son cours. Trois ans plus tard, j’ai l’intuition qu’il se passe quelque chose dans mon ventre. L’anxiété et la peur me rongent. Visite à ma chirurgienne qui répond à mon regard insistant. Les tests révèlent un cancer secondaire au foie. Cette fois-ci, je mets le poing sur la table : qui, où, quand, comment. Selon les informations disponibles en ligne, je n’ai pas beaucoup de chances d’y survivre. Quelques semaines avant l’opération (dans un centre spécialisé), je fais l’apprentissage accéléré du Qi Gong dans le quartier chinois. J’ai alors le sentiment de prendre les choses en main. Entretemps, je reçois d’une amie un talisman provenant des Indiens d’Arizona. Une petite poche (aucune idée du contenu) sera collée sur mon épaule lors de l’opération. J’ai confiance dans mes deux chirurgiens. On enlève les deux-tiers du foie. Puisque le foie est un organe qui se régénère, je me dis que tout va rentrer dans l’ordre.

Cinq ans plus tard, j’apprends que l’on me donnait à peine un an de survie. J’ai défié les statistiques! Est-ce un miracle? Je ne le saurai jamais. J’essaie de vivre le plus sainement possible : exercices réguliers, bonne nutrition, gestion de mon stress et surtout, attitude mentale positive. Depuis, plus de 25 ans ont passé au cours desquels je suis devenue bénévole à mon tour. Histoire de redonner aux suivants…